éco-conception | 

Mis à jour le 30 Juin 2022

Qu’est-ce que l’Éco-design ? Étude théorique du concept

Une erreur fréquente lorsqu’on fait de l’éco-design, c’est de se concentrer sur l’objet et les normes environnementales. Pourtant intégrer une dimension écologique à ses conceptions nécessite d’ouvrir la réflexion à toutes les phases du cycle de vie du produit. Mais le plus important est de centrer la réflexion sur les usages et les usagers des produits.

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5 points importants pour résumer l’Éco-design

Avant d’attaquer dans le vif du sujet, il est nécessaire de résumer les notions de l’Écodesign et son fondement. Pour être efficace, l’éco-conception doit :

  • Concerner chacun des cycles de vie du produit : production, distribution, utilisation et fin de vie.
  • S’insérer dans une logique philosophique de la création dans un monde limité (et non plus illimité)
  • Intégrer le sujet et ses usages et normes sociales dans la réflexion sur l’objet
  • Se lier à des pratiques d’Open design, remettre en question les systèmes de propriété et privilégier le design collaboratif
  • Appliquer un design durable sur la totalité du système, de l’entreprise au produit, aux normes de conception

Quelles sont les approches de l’Éco-design ?

L’éco-conception est également parfois appelée avec les termes design vert, écodesign, ou encore design écologique, soutenable ou durable. Cette pluralité linguistique témoigne plus de la volonté d’intégrer les problématiques environnementales dans le travail de conception, sans forcément que cette volonté soit toujours réalité, comme en témoigne le bien connu greenwashing par exemple, où la visée marketing surpasse celle écologique.

La rencontre entre écologie et design se fait dans les années 70 et donne naissance à deux approches de l’éco-design :

  • Un design centré sur l’environnement:
    Ce design renvoie à la nature et est centré sur l’objet. Son applicabilité est peu efficace aujourd’hui selon certains chercheurs, bien que l’approche soit encore revendiquée.
  • Un design centré sur le milieu:
    Ce design renvoie au trio nature-technique-social. Il est centré sur le sujet, les normes et les usages. Il se base sur le postulat qu’on ne peut pas changer un milieu sans consulter les vivants qui habitent ce dernier. C’est l’approche qui nous intéresse ici.

Bien que reconnaissant la simplicité d’un tel résumé, les chercheurs mettent en avant cette distinction car elle permet d’insister sur la pluralité des pratiques d’écodesign et ainsi sur le design du milieu qui permet d’enrichir la sémantique d’écodesign, en ne limitant pas le terme aux normes environnementales et en l’ouvrant à sa dimension sociale et politique, en réalité nécessaire à l’écoconception.

Voici la définition donnée par la charte française de l’écodesign :

Nous entendons par éco-design, une approche de conception qui prend en compte la responsabilité écologique, sanitaire, la justice sociale et l’apport culturel — pour nos contemporains et les générations futures — dans l’innovation, la conception et le développement de produits et service
Charte française de l’Éco-design

Cette définition amène à opposer au design de l’environnement, le design du milieu, design plus ambitieux et en réalité plus efficace.

Le mérite de l’écodesign centré sur l’environnement est d’avoir réussi à détourner le regard de l’objet vers le cycle de vie du produit. Il a pour but d’évaluer les cycles de vie mais reste centré sur le produit, et distingue ainsi le produit de son écosystème. Cependant cette séparation est problématique car l’objet n’est pas isolable du milieu qui le porte. Ainsi, un objet dit éco-compatible n’a aucun sens dans un système de pratiques qui ne l’est pas.

En effet, pour modifier l’objet, il faut d’abord modifier le système dans lequel il se trouve. Autrement dit, l’écoconception s’est trop longtemps concentrée sur la production (poesis) et non sur la pratique (praxis), alors que le travail des designers est justement de pousser l’innovation vers les pratiques, et donc favoriser l’innovation sociale pour permettre in fine l’innovation écologique. Cependant, repenser les pratiques n’est pas chose aisée.

eco design etude theorique logitourisme - Logitourisme

Les normes de l’éco-conception (ISO 14062) ne définissent pas l’éco-design et il est possible d’intégrer l’environnement dans la conception d’un produit sans pour autant modifier la nature de la conception. Cependant, le design pour le milieu postule que ce n’est pas l’objet qui doit être éco-compatible, mais plutôt le système de production-consommation dans son ensemble. D’une part, les critères environnementaux doivent être adoptés dans chacune des phases du cycle de vie du produit : production, distribution, utilisation et fin de vie. D’autre part, les designers doivent tourner leur travail vers les communautés créatives collaboratives qui réinventent la valeur d’usage des objets.

En effet, l’écodesign est souvent accompagné d’une philosophie démocratique du design, portée par les communautés créatives, groupes qui se forment sur une logique contributive de co-construction des communs, c’est-à-dire un design reposant sur la rencontre entre la transition numérique et écologique, présupposant toutes deux de sortir de l’idéologie propriétaire (le système fermé des brevets, etc). Ainsi se rencontrent l’open design et l’écodesign autour d’un projet commun. Ainsi la durabilité des objets ne peut pas être pensé indépendamment de l’autonomie des sujets. Les objets conçus sont alors écologiques car ils sont ouverts. Cette rencontre est le fait de designers connus comme César Harada ou Marcin Jakubowski ou de collectifs, moins connus, comme l’Atelier Paysan par exemple. L’open design défend un milieu de vie menacé par une appropriation marchande, un milieu technique dépossédé de sa culture, de son savoir-faire et de son savoir vivre.

L’héritage majoritaire du paradigme du design par le milieu aujourd’hui est Ezio Manzini, enseignant-chercheur en sociologie du design à l’université de Milan, reconnu pour ses travaux sur le design pour l’innovation sociale et pour le développement durable. Il postule que l’attitude écologique se trouve dans le passage d’une culture du « faire en l’absence de limites » à une culture du « faire dans un monde limité », qui implique un changement profond nécessitant la prise en compte de tous les acteurs du système de conception, production et consommation.

Ainsi, pour surmonter la crise écologique, il faut passer par la mise en place de nouvelles technologies, mais aussi par la mise en place de nouveaux usages et modes de vie.

Élargir le concept d’écodesign au design durable

Certains chercheurs parlent de design durable, dont l’écodesign n’est qu’un seul des 4 piliers. Plusieurs chercheurs constatent qu’il y a un manque de lien entre les approches théoriques d’écodesign et les moyens pratiques d’application du concept dans des contextes d’entreprise… D’une manière générale, le rôle stratégique de l’écodesign dans les entreprises est sous-exploré et la connexion avec les activités est encore faible. En d’autres termes, l’écodesign est encore peu intégré dans la stratégie générale des entreprises et lorsqu’il est présent, il est souvent concentré fortement sur la phase de production, le développement du produit. De plus l’écodesign, dont les discours théoriques se veulent unificateurs, peine à unifier dans les pratiques réelles.

Les 4 piliers théoriques du design durable :

  • L’écodesign
  • Le design de système de service du produit
  • Le design de modèle économique durable
  • Le design d’écosystème collaboratif

Les applications stratégiques concrètes correspondantes (respectivement) en entreprise : 

  • Produit durable: analyse du cycle de vie, pour changer ce cycle afin de réduire l’empreinte carbone tout en faisant du profit
  • Service & produit durable: analyse des parties prenantes, développement du service, expérimentations, pour aller au-delà du cycle de vie du produit et changer les échanges avec parties prenantes pour permettre de créer un impact environnement et social positif tout en faisant du profit
  • Organisation durable : étude financière, des risques, de l’environnement et du business model pour redéfinir les produits et services, leurs fonctions, d’un point de vue économique et opération pour poursuivre des objectifs durables en faisant du profit
  • Collaboration durable: Analyse industrielle du secteur, prévoyance stratégique, etc, pour redéfinir des pratiques non-durables du marché et faciliter la transformation de secteurs existants, tout en faisant du profit. 

Retrouvez plus d’informations sur le schéma et l’article scientifique Implementing sustainable design theory in business practice: A call to action (2020) de Brian Baldassarre 

Pour aller plus loin avec l’Éco-design

Quelques mots sur certains auteurs :

  • Victor Petit : enseignant-chercheur en sciences du design à l’université de Troyes
  • Ezio Manzini : enseignant-chercheur en sociologie du design à l’université de Milan, reconnu pour ses travaux sur le design pour l’innovation sociale et pour le développement durable
  • Brian Baldassarre : chercheur, docteur, et expert en économie circulaire, leader de l’équipe scientifique de la commission européenne, originaire des Pays-Bas

Bibliographie :

  • Baldassarre, B., Keskin, D., Diehl, J. C., Bocken, N., & Calabretta, G. (2020). Implementing sustainable design theory in business practice: A call to action. Journal of cleaner production273, 123113.
  • Manzini, E. (2006). Design, ethics and sustainability. Guidelines for a Transition Phase. University of Art and Design Helsinki (June), 9-15.
  • Petit, V. (2015). L’éco-design: design de l’environnement ou design du milieu?. Sciences du design, (2), 31-39.
  • Petit, V. Les deux éco-design. Design pour l’environnement et design pour le milieu. Réécriture de L’éco-design: design de l’environnement ou design du milieu?. Sciences du design, (2), 31-39.

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